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Klimt, Espoir, 1908

Ce matin, lors de la rencontre du Tétou, il a été largement question des critiques que nombre de personnes émettent à l’égard de l’allaitement. L’allaitement est jugé, on est « pour ou contre », on prend parti, on pense que… on donne son point de vue sans gêne, comme si c’était normal, on se permet de présumer que… Quelle femme qui allaite ne s’est jamais retrouvée confrontée aux réflexions désobligeantes des un(e)s ou des autres, même dès son séjour à la maternité ?… Je me le demande…

En 10 ans d’expérience dans l’association, je constate avec une grande tristesse et une colère certaine que ce sujet revient comme une des plus grandes difficultés à franchir  pour les mères, que ce soit leur premier ou leur 4ème enfant… Les autres et leur vécu sont d’immenses obstacles au bon déroulement de beaucoup d’allaitements. La souffrance qu’exprime les femmes est énorme et leur prend une énergie qui pourrait être déployée vers l’enfant, de façon positive et constructive. A cause des autres, des allaitements deviennent des parcours du combattant et le doute se répand, envahissant la relation d’allaitement, faisant perdre aux femmes l’écoute profonde de leur instinct, de leur ressenti.  Se justifier, se défendre, argumenter (quand on peut), alors qu’on a tant besoin de protection et de bienveillance quand on nourri son bébé : quelle inhumanité ! Les mères viennent l’exprimer parfois les larmes aux yeux, tant leur choix est incompris de leurs proches, de leurs amis, de leur entourage en général.

L’allaitement est un sujet brûlant, comme l’accouchement, l’éducation des enfants… on le sait bien, tout ce qui concerne la sphère privée du couple n’est jamais à l’abri des critiques, si l’on ne prend pas garde de se préserver… Dès qu’une jeune maman commence à exprimer ses émotions, à dire son ras-le-bol (somme toute normal, n’est-il pas de tâche plus prenante que de s’occuper d’un bébé ?) on lui assène de cesser d’allaiter sur le champ : sevrer, se séparer de son bébé, physiquement, comme si la relation d’allaitement et tout le contact qu’elle crée était indisposante au regard des autres. Certains ne mesurent pas la violence des propos qu’une mère peut recevoir au travers des « mais tu l’allaites encore ? Et il mange autre chose au moins ? Tu n’as pas assez de lait c’est pour ça qu’il (elle) pleure ! L’allaitement ça te fatigue, tu devrais arrêter, ça va il en a eu assez ! Tu vas le rendre dépendant !»

Lorsque le bébé est « encore » allaité à 3 mois, à 6 mois (la date de péremption n’étant pas la même pour tout le monde !) la mère est exposée à des réflexions récurrentes.
Lorsque le bambin déambule et vient se servir à la source, découvrant le sein de sa mère, les jugements tranchants deviennent de plus en plus pénibles à supporter forçant parfois la mère à sevrer contre son gré tant la pression est forte.

Comment, après ces phrases assassines et ces jugements, continuer de croire simplement, sainement, à ce qu’on fait, aux bienfaits de son allaitement, de sa relation parfois durement acquise si les débuts de l’allaitement ont été difficiles… Comment garder sa confiance en soi (surtout si elle était déjà fragile et attendait justement la maternité pour grandir) quand tout le monde est focalisé sur la prise de poids du bébé ?… Comment se rassurer sur sa capacité à allaiter si les autres sont hostiles en émettant des doutes sur la persévérance de la mère à allaiter malgré certaines difficultés ? Comment résister aux pressions d’une sœur ou d’une belle-mère si on est la seule dans la famille à allaiter ? Comment croire que ce que l’on fait est juste si les autres critiquent gestes, façons de faire et choix de maternage ? Comment rester soi-même face à des regards qui en disent longs ? Comment ne pas céder à des compléments de lait artificiel quand tout le monde vous rétorque que c’est la solution à vos problèmes d’allaitement ?

C’est affligeant et consternant de la part des autres en général, mais venant de certains professionnels de la santé et de la petite enfance c’est totalement inadmissible.

Caroline