mardi 5 mai 2009
L'ALLAITEMENT ET LE DEPLACEMENT DU CENTRE DE GRAVITE
Les premières tétées peuvent être à la fois délicieuses et frustrantes, mais pour de nombreuses femmes, l'allaitement aide à renforcer le sentiment que c'est leur bébé et qu'elles sont la mère : "Mon bébé est venu au monde en criant et je lui ai tout de suite donné le sein. Il n'a pas hésité. J'ai su tout de suite que j'étais sa mère et lui aussi semblait avoir compris."
Pour d'autres mères, l'allaitement est une succession de faux pas et de faux départs. Le bébé hurle et la mère est au bord du désespoir : "L'accouchement s'est bien passé, Rosie était en bonne santé, mais elle n'avait pas très envie de téter. Si je me souviens bien, il nous a fallu trois jours pour y arriver et ensuite tout s'est bien passé. J'étais désespérée, j'avais peur qu'on ne se comprenne pas ou qu'il manque quelque chose dont elle avait besoin. Je ne me suis vraiment attachée à elle qu'à partir du troisième jour."
Que l'allaitement se passe bien ou non, il implique un changement de perspective pour la mère. Pendant la grossesse et même juste après l'accouchement, quand le bébé est sur son ventre, le centre de gravité émotionnel de la mère demeure son ventre. C'est à cet endroit-là que s'est situé son centre de gravité physique pendant toute la grossesse. Par contre, lorsque le bébé commence à téter, le centre de gravité physique et émotionnel se déplace vers les seins et la poitrine. C'est là que le bébé se nourrit d'une part et trouve du réconfort d'autre part. Cela devient un havre de paix pour le bébé et la source d'où émane l'amour physique de la mère.
Extrait de La naissance d'une mère de Daniel. N. Stern et Nadia Bruschweiler-Stern, éditons Odile Jacob
mardi 17 mars 2009
L'ALLAITEMENT DANS LES CULTURES TRADITIONNELLES AUJOURD'HUI
L'allaitement n'est pas toujours exclusif, y compris les premiers jours : ainsi les Bembas d'Afrique ne considèrent pas le lait maternel comme une nourriture, et donnent dès le début de vie d'autres produits d'origine agricole. Les Lobis d'Afrique donnent également des aliments supplémentaires, à base de racines récoltées dans la brousse par exemple, aux rôles divers (alimentaires, mais aussi religieux) et ce dès les 3ème ou 4 ème jour. Il arrive souvent que le colostrum (lait sécrété juste après la naissance, il est de couleur jaune-orange) soit considéré comme du mauvais lait et que le bébé reçoive jusqu'à la production du lait mature, autre chose que le lait de sa mère. C'est le cas chez les Bassaris au Sénégal, les Peuls en Afrique, les Tshokwés en Angola. Les premiers jours le bébé reçoit parfois du lait d'une autre femme (co-épouse, amie, parente), ce qui, d'après certains auteurs, a comme conséquence de consolider les liens entre les femmes présentes dans l'environnement maternel. Dans d'autres cas, c'est de l'eau ou des laits animaux qui lui seront donnés jusqu'à ce que la mère puisse donner le sein elle-même. D'autres exemples au contraire indiquent des durées d'allaitement exclusif de plusieurs mois : ainsi les mossis allaitent 8 mois avant de donner des aliments de compléments.
Au sein du monde, Nathalie ROQUES, L'Harmattan, 2001
lundi 27 octobre 2008
LE TETAïRE
De La Tour, le nouveau-né, XVIIème siècle
Autrefois, dans les hauts-cantons de l'Hérault, mais aussi dans les Cévennes et en Provence, il y avait des hommes, nommés tétaïres. Ils étaient chargés d'aider l'allaitement des femmes en tétant les seins, par exemple pour favoriser la montée de lait, ou lorsque les seins étaient engorgés (notamment si le nourrisson était décédé), ou encore pour former les bouts de seins. Ils intervenaient auprès de la mère en présence d'autres femmes pour éviter tout malentendu. Ces tétaïres étaient généralement des vieillards ou des simples d'esprit et il est rapporté dans les écrits historiques qu'ils s'attelaient à la tâche en toute bonne foi et a priori sans arrière pensée (cependant dans certains endroits ces hommes étaient quand même enveloppés d'un grand drap pour éviter des contacts physiques...). Cette pratique a eu cours dans les hauts-cantons héraultais jusque dans les années 50. Il est intéressant de noter que dans certains cantons de l'Angleterre et l'Allemagne au XVIIIème siècle, cette fonction incombait à des jeunes filles que l'on instruisait à l'art de téter.
Cependant, ces pratiques restaient ponctuelles. A l'époque, les mères présentaient rarement des complications lors de leur allaitement (engorgements, abcès, manque de lait, etc). Elles étaient entourées d'autres femmes (famille, amies, voisines) qui aidaient et conseillaient dès la naissance : l'entraide féminine était alors spontanée.
dimanche 5 octobre 2008
AGE DE SEVRAGE NATUREL
Est-ce qu'il y a un âge de sevrage naturel chez les humains ?
L'anthropologue Kathy Dettwyler a considéré cette question en comparant les humains à d'autres mammifères, des primates en particulier. Dans son livre "Breastfeeding : Biocultural Perspectives"1, elle a observé la relation existant entre l'âge du sevrage et d'autres facteurs de développement chez les gorilles, les chimpanzés, les orangs-outans et autres primates. Par exemple, chez la plupart des grands primates, le nombre de mois d'allaitement est environ six fois la durée de grossesse (gestation). Comme autre exemple, le petit est habituellement sevré lorsqu'il atteint son poids de naissance multiplié par 4. Sa conclusion ? L'âge du sevrage naturel pour les humains se situerait entre 2 ans et demi et 7 ans.
Extrait de "l'allaitement, comprendre et réussir", Dr Jack Newman et Teresa Pitman
1. Se traduirait par "Allaitement : perspectives bio-culturelles"
vendredi 26 septembre 2008
ALINA REYES ET L'ALLAITEMENT
Deschamp, 1993
Mon deuxième fils ne rencontra pas ces difficultés, puisque mes seins avaient été pourvus de tétons confortables par son frère aîné. Mais c'était un goulu, et je me faisais toujours attraper par les sages-femmes de la clinique, qui le pesaient avant et après chaque tétée, et trouvaient qu'il prenait trois fois trop de lait. "Pourtant je ne l'ai pas laissé longtemps", me défendais-je mollement. Mais franchement, qui aurait eu le cœur de sortir du sein un bébé qui tétait avec un si bel entrain ?
(…) A la naissance de mon quatrième fils, une sage-femme de la maternité voulut absolument m'apprendre comment le mettre au sein, à quelle fréquence, etc. C'était le quatrième enfant que j'allaitais, je n'avais nul besoin de leçons, et je lui dis gentiment. Mais elle s'entêtait, tant il est vrai que le corps médical considère que votre corps lui appartient.
Extrait de Corps de femmes, Ed. Zulma, 1999.
samedi 23 août 2008
IL NE VEUT DORMIR QU'AU SEIN...
Ce bébé a 1 mois. Il a repris son poids de naissance à 3 semaines mais sa succion est correcte et ses couches bien mouillées. Quant à l'accouchement, il fut rapide mais suivi d'un "problème de placenta" selon les mots de la maman.
Le souci est que ce bébé qui s'endort au sein après avoir tété efficacement se réveille aussitôt posé dans son lit... La maman dit qu'elle ne peut rien faire... Et la sucette ne règle pas le problème...
Après avoir écouté attentivement le ras-le-bol de cette jeune femme, après avoir suggéré des pratiques de portage en écharpe, et surtout expliqué que son bébé n'a pas encore conscience de son corps car il ne se différencie pas encore d'elle, cette maman s'est exclamée "oh le pauvre !" comme une révélation et a vite raccroché.
CQFD... Espérons que l'écharpe qu'elle n'a pas encore essayé - mais qu'elle compte utiliser dès demain comme elle l'a dit - va lui changer la vie !
mercredi 6 août 2008
ALLAITEMENT ET SEDUCTION
L’une des raisons pour laquelle je n’ai pas allaité mon premier enfant, raison qui est très souvent invoquée par les hommes et les femmes, est l’incompatibilité entre allaitement et séduction. Par séduction, j’entends féminité et sexualité.
S’il est vrai qu’en d’autres temps et d’autres lieux allaiter contribue aussi à espacer les naissances, ici et maintenant ce n’est plus le cas si on ne le souhaite pas.
Tout d’abord, il est admis que les câlins ne sont en aucun cas contre-indiqués pendant la période d’allaitement : la quantité et la qualité du lait n’en est pas affectée.
Ensuite, les créateurs commencent à s’intéresser à nos lolos et proposent de jolis dessous (et dessus aussi) pour allaiter confortablement tout en étant plus sexy qu’en soutien-gorge grisâtre (voir les adresse ci-dessous).
Enfin, j’ai été tout à fait surprise de l’effet dopant de l’allaitement. Sortie des premières semaines difficiles et fatigantes, le plaisir de voir mon bébé s’épanouir de mon lait m’a donné confiance en moi et m’a aidé à retrouver la forme.
Si la grossesse et la naissance sont des moments bourrés d’émotions et d’ambivalences, l’allaitement n’échappe pas à ce phénomène et il est tout à fait possible de se sentir mère et femme et d’envisager le sein comme objet nourricier autant que de séduction.
Mieux, l’un enrichit l’autre : le bonheur et la plénitude de l’allaitement révèlent notre féminité dans toute sa sensualité et les caresses de notre compagnon nous rappellent que nous sommes aussi désirables (pas uniquement par une petite bouche affamée !). Nous revenons alors vers le bébé convaincues que nous ne sommes pas que des mères et ce dernier peut se sentir fier d’avoir une maman (pas que pour lui) si séduisante !
Céline
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sites internet
biblio
L’allaitement de mon enfant
Marie -Dominique Linder Catherine Maupas
Hachette
(Ce livre consacre un chapitre très intéressant sur l’allaitement et le couple et toute sa dimension psychologique)
lundi 2 juin 2008
LA NAISSANCE DE VEDA LUNE
L'importance des premiers instants !
J’ai accouché il y a peu à bord de notre péniche, et je viens partager avec vous un des premiers grands moments de cette nouvelle vie.
Véda Lune est née le 30 avril en fin de matinée. Mon mari et moi avions décidé que la naissance se ferait " à la maison ", assistée par Virginie LAGUEYRIE, une super sage-femme de St Chinian qui accouche à domicile.
Pendant la grossesse, je suis venue à quelques réunions du Tétou, parce que chaque allaitement est différent et que ces échanges sont source de beaucoup d’informations, et aussi pour me retrouver entre mamans qui partagent les mêmes aspirations, autour d’une petite tisane ! Durant ces 9 mois, je me suis aussi prise d’amour pour la " pierre de Lune ", réputée pierre de l’allaitement entre autres. J’ai aussi beaucoup échangé avec Céline, qui est doula, avec qui j’ai pu discuter de mes angoisses, de mes doutes et mes peurs.
Et puis le grand jour est arrivé, Virginie et ma famille à mes côtés, nous avons pu accueillir Véda Lune dans le calme et la joie. Et puis elle a voulu téter, son tout premier repas rassurant ! Nous avons pris tout notre temps, et Véda est restée dans mes bras. Pas de séparation précipitée, pas de stress ou de timing à respecter, pas de blablas, etc… juste un bébé et sa maman respectés. Le rythme lent d’un bébé qui découvre et d’une maman qui s’émerveille. Et puis le sommeil, la possibilité pour Véda et moi de dormir quand et autant qu’on le désire. Véda a beaucoup tété à la naissance, puis a dormi pendant des heures et des heures ! Je n’ai pas regardé l’horloge pour savoir à quelle heure elle avait tété, et je n’ai même pas envisagé de lui imposer des horaires. Et Véda n’a pas perdu de poids, elle a pris 20g !
Puis est venue la montée de lait.
Ma fille, Tyara, 2 ans et demie, qui tétait jusqu’aux 6 mois de grossesse et qui s’était arrêtée car " Môman, y’a pu d’lait ", s’est montrée possessive envers moi dès les premiers jours. Elle voulait des câlins, que je m’occupe d’elle, etc… C’était une étape difficile à passer pour elle. Et lors de la montée de lait, j’avais les seins gonflés et je me voyais déjà passer des heures sous la douche chaude pour vider le lait… Et Tyara est venue demander pour téter ! Quelle chance ! Elle est repartie repue de lait mais aussi rassurée car elle pouvait téter, et j’ai même ressenti qu’elle était heureuse que Véda lui ai permis, par sa venue au monde, de faire revenir le lait à la source !! Et pour moi, et bien les seins étaient vides en 2 minutes, et dans la joie de partager un moment complice avec Tyara !
Passée cette première semaine, je me rends bien compte que respecter cette première tétée est primordial, enfin je le ressens comme tel en tout cas. Plusieurs bienfaits : Véda a très bien pris le sein, a très vite compris l’intérêt de prendre tout le mamelon, a tété à sa faim, aux moments qu’elle avait envie ; et pour moi, la mise au sein a été très simplifiée et efficace, car c’était le bon moment !
Je remercie le Tétou pour son soutien, Virginie pour respecter le rythme des mamans et de leurs bébés, Céline pour ses discussions, et ma famille pour ce moment magique !
Je vous souhaite de vivre pleinement ces premiers instants où la magie de la nature opère simplement !










