vendredi 18 décembre 2009
ON M'A DIT QUE JE DEVAIS SEVRER
Amy Crawford Photography
Cette maman doit se faire opérer très prochainement sous anesthésie générale. On lui a dit qu'elle devait sevrer son bébé de 4 mois pour cette raison, mais également parce qu'il "n'a pris que 10g par jour" ce dernier mois. Elle voudrait donc savoir comment s'y prendre étant donné que son bébé refuse le biberon quand elle lui propose...
Avant de conseiller cette maman sur le déroulement du sevrage, il est de notre devoir d'association de soutien à l'allaitement de donner de l'information pour qu'elle puisse faire des choix éclairés.
L'hospitalisation et l'anesthésie générale qu'elle va bientôt subir ne signifient pas qu'elle doit nécessairement mettre un terme à son l'allaitement. Il y a des alternatives. En faisant une petite réserve de lait le bébé pourra être nourri en son absence. S'il refuse le biberon, il pourra boire le lait à la tasse. Ensuite, une fois l'opération passée, elle pourra théoriquement reprendre l'allaitement dès son réveil, lorsqu'elle aura retrouver ses capacités mentales normales, ce qui signale que le produit est quasiment éliminé. On entend parfois dire qu'il faut tirer son lait après l'anesthésie pour éliminer les restes du produit fixé dans les tissus adipeux qui pourraient être relâchés dans le lait et attendre 12 à 24h avant de rependre l'allaitement mais cela n'est que rarement nécessaire ; c'est le cas notamment si la maman a un nouveau-né prématuré, ou souffrant d'hypotension ou de faiblesse générale, et si la maman a subi une chirurgie plastique. Dans le cas présent le bébé a déjà quelques mois ce qui minimise l'impact du produit anesthésiant. Tout ceci sera bien entendu précisé par l'anesthésiste auprès de qui les parents sont en droit de demander toutes les explications nécessaires.
Enfin, le fait de maintenir l'allaitement en cas d'hospitalisation est, pour certaines femmes, moins pénible que de sevrer brutalement. Cependant, cette maman ne pense pas a priori que ce serait une bonne solution pour elle car elle se projette difficilement hospitalisée sans avoir sevré...
D'autre part, le "problème" de la prise de poids lente que signale le pédiatre ne signifie pas non plus qu'il faille sevrer le bébé. La prise de poids n'est qu'un indicateur parmi d'autres de la santé du bébé. En premier lieu, la croissance du périmètre crânien et le développement psycho-moteur indiquent une bonne croissance, ce qui est le cas pour ce bébé. Les urines sont un autre indicateur fiable pour la maman. Néanmoins, la pression du pédiatre quant au poids est particulièrement forte et remet en question le choix et le désir d'allaiter...
Pour s'assurer du bon fonctionnement de cet allaitement, il s'agit aussi de vérifier quels sont les facteurs qui pourraient interférer. Il s'avère que la maman a pris une contraception orale (pilule progestative microdosée) dès la sortie de la maternité et s'est ensuite fait poser un stérilet aux hormones 1 mois 1/2 après. Le ralentissement de la courbe de poids coïncide avec la pose du stérilet. Qu'en est-il réellement ? Si les contraceptifs oraux influent probablement chez certaines femmes sur la quantité de lait (lire "baisse de lait : pilule contraceptive ?"), il semble que cela ne puisse pas être le cas pour les stérilets à base de lévonorgestrel qui agissent localement.
Bien qu'elle a souhaité des informations sur le sevrage pour les raisons citées plus haut, cette maman a déjà spontanément commencé à stimuler sa production de lait : elle propose désormais les deux seins à son bébé, qu'il tète volontiers. Jusqu'à présent il "réclamait toutes les 3 heures", tétait un seul sein et s'endormait souvent ensuite avec la sucette. La maman peut accentuer la stimulation de ses seins en revenant au premier sein lorsque le bébé a terminé de lui-même le deuxième et qu'il souhaite toujours téter, et également proposer plus souvent le sein à son bébé dans la journée. Cette hyper-stimulation aidera beaucoup pour augmenter la quantité de lait et favoriser le gain de poids. L'endormissement au sein est aussi une pratique qui soutient naturellement une bonne lactation, permettant ainsi au bébé d'avoir des rations de lait supplémentaires. Elle peut également boire de la tisane galactogène (lire "recette de la tisane galactogène") ou faire une cure de fenugrec pendant quelques jours (lire "le fenugrec : effet galactogène rapide").
Si cette maman décide finalement de sevrer son bébé, elle fera un choix respectable, forte de toutes ces informations. En attendant, elle va réfléchir...
jeudi 10 décembre 2009
QUI A LE SECRET ?
Le rêve, Picasso, 1932
A vous, mamans allaitantes au long court... Je me tourne vers vous pour
connaître vos expériences concernant l'endormissement du bambin.
Laquelle d'entre vous détient le secret ?
Tant pis, je l'avoue, je suis dans une phase où je n'en peux plus
d'endormir bébé tous les soirs avec "le" rituel
"tétou-histoire-chanson-allez fais dodo ..." puis 45 minutes après,
réveil, alors rituel mais plus court, juste tétou, etc... Ben oui, je
ne veux pas laisser pleurer bébé, quelle idée...
Comment avez vous fait ? Papa est intervenu ? comment ?
Mon souhait, ce serait : pas de tétine artificielle, pas de pleurs, pas de stress, un endormissement parfait quoi !!
Je sais, je rêve... mais qu'est ce que ça soulage de se plaindre à ses
copines d'allaitement !! Et pourtant, bébé finis bien par toujours
s'endormir, mais je pense que j'en ai tout simplement marre.
Alors, c'est quoi votre secret ?
Nadège, maman de Rachèle 16 mois
mercredi 2 décembre 2009
BAISSE DE LAIT : PILULE CONTRACEPTIVE ?
Mother and baby, Kathy Poitras, 2007
La maman d'un bébé de 20 jours nous appelle pour un problème de baisse de lait. Jusqu'à présent l'allaitement s’était parfaitement déroulé, pas de problème particulier, pas de douleur aux seins, tout allait bien, ce qui réjouissait la maman. Le bébé avait repris son poids de naissance à 1 semaine et grossissait "bien". Puis, aux environs des 15 jours du bébé la maman a constaté qu’elle produisait moins de lait, son bébé semblait insatisfait malgré des tétées fréquentes. A partir de de là, le poids a stagné. Depuis 4 jours, sur recommandation de sa sage-femme, cette maman est censée donner 90 ml de lait artificiel à son bébé puis le faire téter 10 minutes à chaque sein. De son propre gré, et craignant d’avoir de moins en moins de lait, elle fait d’abord téter son bébé et ne lui donne ensuite que 50 ml de lait en poudre…
On pourrait simplement penser que cette baisse de lait correspond en fait à une poussée de croissance du bébé. La première a théoriquement lieu aux alentours de 3 semaines, cependant, en pratique, une poussée de croissance peut avoir lieu à tout moment, seuls les besoins de chaque bébé la signalent. Face au comportement maussade de son bébé, la maman a allaité très fréquemment, connaissant parfaitement bien le mécanisme de l’allaitement, sans limite de temps, mais n’a pas pu satisfaire son bébé qui ne prenait plus de poids. En questionnant davantage cette maman, nous apprenons qu’elle a commencé à prendre une contraception orale (une pilule microdosée contenant de la progestérone) quand le bébé avait 10 jours, quelques jours à peine avant le début de la baisse de lait… Elle dit avoir essayé beaucoup de pilules par le passé et n’en avoir jamais supporté aucune, comme si son «corps n’était pas fait pour». Elle avait fait d’elle-même le rapprochement entre la baisse de lait et la prise de cette pilule mais ne savait pas trop que penser, ni que faire…
Les pilules contenant uniquement un progestatif (Cérazette®, Microval®) sont couramment prescrites durant le premier mois après l’accouchement lorsque la mère allaite car elles ont la réputation d'être parfaitement compatibles avec l'allaitement. Or, il semble que chez certaines femmes cette pilule a un impact réel sur la quantité de lait produite, que la prise de la pilule débute précocement ou plus tardivement.
Ce constat ne sous-entend pas que ces pilules ne sont pas un bon moyen de contraception quand on allaite puisque certains allaitements n’en pâtiront pas. Plus précisément, ce constat montre qu’il est indispensable d’une part que toutes les mères qui allaitent et qui choisissent ce mode de contraception soient informées du risque de baisse de lait, et d’autre part que le professionnel qui prescrit cette pilule puisse évaluer la situation dans les premiers jours du traitement et, le cas échéant, accompagner et conseiller la mère qui verrait sa production de lait se réduire, sans la diriger vers des compléments de lait artificiel qui risqueraient de mettre en péril son allaitement.
La conclusion de cet entretien téléphonique a amené la maman à repenser son moyen de contraception étant donné qu’elle ne souhaite pas du tout continuer à donner des compléments...
samedi 28 novembre 2009
LA CHAMBRE D'ALLAITEMENT DANS LES USINES
source Sciences.gloubik.info
La Nature N°2300 - 27 octobre 1917
Parmi les bouleversements économiques et sociaux apportés par la guerre, il n’en est pas de plus lamentables peut-être que ceux qui atteignent l’enfance. Livré seul aux caprices du sort, l’enfant subit l’effroyable contre-coup des évènements, sans défense et sans appui, sans protection aucune. Et la substitution d’une vie anormale aux conditions courantes l’affecte d’autant plus qu’il est plus jeune et partant plus fragile.
Entre l’allaitement au sein et l’élevage au biberon, il est reconnu que la préférence doit aller au premier mode d’alimentation. Les médecins sont unanimes à recommander aux mères de nourrir leurs enfants pendant la première année au moins. La mortalité infantile sévit surtout parmi les nouveau-nés élevés au lait artificiel : les statistiques le prouvent. Faut-il en chercher la cause dans des précautions d’asepsie d’une exécution souvent difficile ? Peu importe : le fait est là, brutal : le lait maternel représente pour le nourrisson une promesse de vie que n’égale aucune autre.
Le travail des mères dans les usines a provoqué une diminution considérable du nombre des allaitements naturels en faveur du régime artificiel. Il est à peu près impossible à une mère ouvrière de donner le sein. On l’astreint à des heures de présence régulière. La loi n’impose au patron que l’« abri décent », local où les femmes peuvent retrouver pour les tétées leur enfant amené du dehors toutes les trois heures. Quelle personne le législateur entend-il charger du soin de ce transport ? L’ouvrière va-t-elle rogner son modeste salaire pour payer une mercenaire ? Elle se résigne plutôt à cesser de nourrir : l’enfant est confié aux bons soins d’une voisine, ou mis en crèche. Tous les bénéfices de l’allaitement maternel disparaissent.
La chambre d’allaitement dans l’usine a été créée pour écarter ce danger. La travailleuse s’occupera elle-même de son poupon : l’usine le lui permettra, l’encouragera ; elle lui facilitera la tâche en mettant à sa disposition un local approprié. Elle ira parfois jusqu’à la favoriser d’une prime.
Quelques années avant la guerre, certains industriels ; principalement dans le Nord, des filateurs de Roubaix-Tourcoing et de Lille, avaient compris l’importance de cette question, capitale dans l’œuvre de la protection de l’enfance. La chambre d’allaitement dans les usines
La guerre, avec la succion énorme de personnel féminin qu’ont provoquée les usines multipliées, a ramené l’attention sur l’impérieuse nécessité de rapprocher le bébé de sa mère. Les pouvoirs publics se sont émus (Proposition de loi Engerrand, adoptée par la Chambre.) : une campagne officielle de propagande est aujourd’hui menée auprès de tous les gros fabricants employant la main-d’œuvre féminine pour les inviter à installer une chambre d’allaitement dans leurs ateliers.
Que faut-il au demeurant pour la réaliser ? Une dépense de premier établissement qui peut s’abaisser jusqu’à 17fr. par berceau, comme dans l’installation Motte, ou 22 fr., comme dans l’installation Wibaux-Florin, toutes les deux à Roubaix ; des frais d’entretien chiffrant de 0fr,20 à 0fr,50 par jour et par enfant ([1]).
L’installation ? Un petit local bien aéré, de 10 m. sur 10 : deux cloisons en planches isolant une chambre dans un corps de bâtiment, un atelier d’emballage ou un magasin. On peint en blanc : la poussière doit être visible ; à la chaux, au ripolin si l’on veut faire grandement.
Quelques berceaux, une armoire à linge contenant le trousseau, dix couches par jour et par enfant ; un grand coffre en tôle hermétique où l’on enferme les langes salis, que le blanchisseur prendra chaque matin ; des chaises, une balance, un peu d’eau : voilà plus qu’il n’en faut pour que la mère se trouve à l’aise avec son bébé. Toutes les trois heures elle vient, retrouve l’enfant comme elle l’avait laissé, le change, le nourrit, le caresse un peu : et c’est un joli spectacle que celui des femmes, en vêtements de travail, allaitant leurs poupons roses et souriants, pour retourner ensuite au labeur un instant interrompu. La perte minime de temps consentie par l’industriel se récupèrera en beaux et vigoureux enfants qui rendront au centuple sous forme de main-d’œuvre le prêt à longue échéance qui leur aura été consenti.
Dans l’intervalle des tétées, les bébés sont surveillés par une ouvrière âgée : cette femme assure généralement en même temps un autre travail : réparation de sacs, plissage de cartonnage ; pour peu que le chef y prenne peine, il lui trouve toujours une occupation compatible avec la garderie.
Pour obéir aux conseils de l’hygiène, et éviter que la réunion des petits puisse devenir un foyer infectieux nuisible à tous, on ajoute près de l’entrée un ou deux boxes d’isolement ; la surveillante y fait déposer, en attendant la visite, les poupons malades que son ?il exercé reconnaît bien vite.
Des installations de cette sorte fonctionnent déjà dans plusieurs ateliers, à la commune satisfaction de l’employeur et des employées (Voir Le Bulletin des usines de Guerre : « Les chambres d’allaitement dans les usines de guerre », installations de Levallois-Perret.) ; on ne peut que souhaiter qu’elles se répandent et se développent dans toutes les usines de France où travaillent des femmes, pour le plus grand bien des petits Français, dont la meilleure nourriture est et sera toujours le lait de leur mère.
A. K.
[1] Ligue contre la mortalité infantile, La chambre d’allaitement, p. 8.
lundi 16 novembre 2009
DU LAIT SANS BEBE
Anna, Lilias Torance Newton, 1923
Ma seconde fille, je n'ai pu l'allaiter. Non pas parce que mon lait n'était pas bon. Non pas parce que je n'avais pas assez de lait. Non pas parce que j'avais choisi le biberon. Non pas parce que... mais parce qu'elle n'a pas vécu en dehors de mon ventre.
La grossesse s'est bien passée, les seins se sont préparés comme pour ma première grossesse. Quelques jours avant le terme, je comprenais qu'elle ne vivait plus. Après l'accouchement, à l'hôpital, on m'a remis le médicament pour stopper la montée de lait. Cela a dû être efficace, je ne me souviens pas d'avoir eu un engorgement. De retour de la maternité, je devais continuer à le prendre mais je le supportais mal physiquement et moralement.
Surtout, je n'avais pas envie de couper ce lait. Je n'étais pas encore prête à laisser s'effacer ce lien. C'était la seule chose qui me rattachait à elle. J'ai eu du lait pendant peut-être 3 ou 4 mois, peut-être plus ou moins, je ne sais plus.
Les premières semaines, ces perles de lait étaient la seule preuve que je n'avais pas rêvé, qu'elle avait bien existé.
Emma est née sans vie il y a trois ans, cela veut dire qu'elle est décédée in utéro et que j'ai accouché "normalement" (elle est inscrite sur notre livret de famille).
Ces souvenirs de non-allaitement me reviennent et je les dévoilent car il me semble juste d'évoquer aussi ces mamans qui ne peuvent aboutir à ce beau projet.
Si ces mamans sont comme moi, elles n'en parlent pas et vivent seules cette période de lait sans bébé.
Je suis aujourd'hui une heureuse maman qui allaite sa troisième fille de 15 mois avec les hauts et les bas de l'allaitement longue durée.
Nadège
mardi 10 novembre 2009
RIEN QUE LE LAIT DE MAMAN
Mère allaitant son enfant, Mary Cassatt, 1906
Un bébé de 7 mois ½ refuse d’avaler autre chose que le lait de sa maman : ni purées faites maison, ni petits pots tout prêts… Celle-ci se demande si c’est normal, d’autant plus que le pédiatre a constaté que le bébé n’avait pris « que 100g » depuis la dernière visite, le mois dernier. Par ailleurs le bébé va très bien, il grandit de façon satisfaisante et la taille de son crâne se développe également parfaitement bien. Sa maman trouve que son bébé se « développe très vite », il « bouge beaucoup », « il veut déjà se tenir debout ». Au moment des repas, il est assis à côté de ses parents dans une chaise haute. Il a tendance à ouvrir la bouche comme en signe d’appétit mais lorsque la nourriture arrive il refuse. La maman n’est pas particulièrement inquiète mais les avis du pédiatre et de certaines personnes de son entourage - qui pensent que parce qu’il est très actif il a désormais besoin d’autre chose que du lait - remettent en question son choix de se laisser guider par les besoins de son bébé.
En théorie, on recommande de diversifier l’alimentation des bébés nourris au lait maternel vers 6 mois. Cependant, en pratique, on constate que certains bébés refusent de manger des aliments solides à 7 mois, 9 mois, 1 an et même parfois au-delà. Tant que ces bébés vont bien,et qu’ils reçoivent le lait maternel comme ils le souhaitent, il n’y a pas lieu de s’inquiéter (le lait maternel devant de toute façon largement primer dans l’alimentation du bébé jusqu’à au moins un an). Ils ne sont pas prêts et les forcer ne ferait qu’accentuer le refus. Les bébés exclusivement allaités savent déjà parfaitement maîtriser leurs apports alimentaires si tant est qu’on leur en laisse la possibilité en n’imposant pas d’horaire pour téter. C’est pourquoi, il semble également important de les laisser se familiariser avec la nourriture solide à leur façon, c’est-à-dire avec leurs doigts, et à leur rythme, autrement dit sans instaurer de repas solide systématique. A noter qu’un bébé commence à être prêt à manger lorsqu’il a au moins 2 dents, qu’il se tient bien assis et qu’il a accédé au stade de motricité fine qui lui permet de saisir une miette entre son pouce et son index. Ainsi, lorsqu’on laisse le bébé s’intéresser à la nourriture de son propre grès et avec ses doigts on constate que l’usage de la cuillère n’est pas du tout obligatoire, le bébé apprenant seul à la manipuler lorsque sa motricité le lui permettra. Enfin, on entend dire que le lait maternel est pauvre en fer mais ce n’est pas vrai : le fer contenu dans le lait maternel est peut-être quantitativement plus faible que celui surdosé d’un lait artificiel mais il est en revanche totalement assimilable, ce qui n’est pas le cas de celui du lait artificiel.
Lorsqu’on a la possibilité de respecter le rythme de l’enfant, la diversification alimentaire débute naturellement quand l'enfant est prêt, avec des périodes où l’enfant s’intéresse énormément aux aliments et d’autres moins. Le plus important n’étant pas de chercher à « engraisser » le bébé comme le prétendent certains mais plutôt de favoriser une curiosité naturelle envers la nourriture et une autonomie quant aux quantités nécessaires pour répondre à ses besoins (et qui ne sont pas forcément celles que l’on suppose a priori en fonction de normes établies…).
Si cette maman souhaite intéresser davantage son bébé à la nourriture de la table familiale (et sans pour autant se compliquer la vie à faire des petits plats exprès pour son bébé) elle a tout intérêt, au moins les premiers temps, à tenir son bébé sur ses genoux quand elle mange. Le bébé aura la curiosité de piocher des aliments dans l’assiette et de les porter à sa bouche, dans un premier temps sans doute pour simplement les sucer et ensuite pour commencer à en avaler des petites quantités. Si des morceaux semblent trop gros, la maman peut les prémâcher ou les découper un peu. S'il y a des antécédents d’allergies dans la famille, certains aliments seront évités (laitages, œufs, poisson, fruits exotiques, etc, la liste est à compléter auprès d’un spécialiste). En règle générale, lorsqu’il n’y a pas d’allergies connues, le bébé peut goûter à tout ce qui l’intéresse et c’est tant mieux car c’est ainsi qu’il développe son goût !
Pour se documenter sur le sujet, on peut lire un excellent dossier consacré à la diversification dans le hors série n°4 du magazine Grandir Autrement intitulé « Vers une alimentation consciente ».
lundi 2 novembre 2009
REFUS DE TETER
Kupka, Autour d'un point, 1911
Depuis bientôt une semaine, ce bébé de 8 mois refuse de téter comme il le faisait jusqu'à présent, c'est-à-dire 4 fois par jour: à 10h, à midi après un petit repas, pour le goûter, et le soir après un autre petit repas. Sa maman a tout de même réussi à lui faire prendre le sein plusieurs fois depuis, mais c'est toute une entreprise qui nécessite la présence et l'aide du papa, qui parvient tant bien que mal à positionner le bébé pour qu'il daigne téter. La maman tire son lait car elle craint de ne plus en avoir assez et a peur que le bébé ne reçoive pas assez de liquide par ailleurs. Elle a donné le lait à son bébé à quelques reprises à l'aide d'une pipette. Cependant, elle est très inquiète, très stressée car elle n'est pas prête à un sevrage précoce. Elle ne comprend pas ce qui se passe. Depuis quelques temps son bébé est facilement distrait, c’est pourquoi les tétées doivent avoir lieu à l’écart de toute sollicitation. Lorsqu'elle lui présente le sein, il est très agité, se tortille, lâche le sein, la regarde, parfois aussi tape sa tête de sa main et finit par se calmer si le lait arrive. La maman n'apprécie pas ces prémices à la tétée, elle pense qu’il joue au sein, qu’il ne veut pas téter, de ce fait parfois son lait tarde à venir ou ne vient pas du tout, et cela la rend nerveuse. Cercle vicieux. Son bébé l’a toujours habituée à téter à des moments précis et réguliers, et ces comportements la perturbent.
Que se passe-t-il pour ce bébé ? Il a fait fait beaucoup de progrès moteurs dernièrement, il est de plus en
plus actif, il peut maintenant agir sur les objets et les personnes, ce
qui est tout à fait normal et signe d’un développement
harmonieux. Au moment des tétées, il manifeste davantage sa personnalité, appréciant une introduction ludique à la tétée, et comme beaucoup de bébés de son âge, il aime le mouvement et s'agite facilement au sein, notamment si le lait tarde à venir. Enfin, il dort dans sa chambre depuis environ 15 jours.
Que se passe-t-il pour la maman ? Elle est déstabilisée par les attitudes et les refus répétés de son bébé. Le schéma d’allaitement qu’elle connaît a changé. Elle est épuisée par un manque de sommeil chronique : son bébé se réveille 1 ou 2 fois par nuit mais comme elle ne parvient absolument pas à l’allaiter allongée, elle ne peut pas se laisser aller à la détente que procure la tétée et trouve très difficilement le sommeil quand elle se recouche. En tout et pour tout, elle dort 4 heures… D’autre part, le fait de s’occuper de son bébé l’a coupée d’une vie sociale et d’un rythme d’activités dont elle avait besoin. Pourtant, elle dit souhaiter vraiment continuer d’allaiter. Elle retournera au travail dans 1 mois.
Que se passe-t-il entre la mère et son bébé ?
Le lait ne vient-il pas assez vite et le bébé s'impatiente-t-il au point de se détourner du sein ?
Le bébé refuse-t-il finalement de téter à cause de l'ambiance trop stressante des tétées ?
Son développement psychomoteur lui permettant d’être
davantage acteur pendant la tétée (agitation et jeux au sein), ce bébé suscite-t-il simplement une intéraction avec sa mère qu'elle-même interprète comme un refus ?
Sent-il une certaine ambivalence chez sa maman, tiraillée entre le désir de poursuivre l'allaitement et le besoin de retrouver des liens sociaux ?
Tous ces facteurs - et d'autres - sont-ils en jeu dans cette situation ?
Quelles solutions pour cette maman désemparée ? Sans doute plus de souplesse, comme elle le dit à la fin de la conversation, plus de lâcher prise face à cette situation. Le forcer à téter ne ferait qu'accentuer les refus, et la mise en place des stratagèmes avec l'aide du papa n'est pas forcément une solution à long terme... Mais ce n'est pas si simple de laisser son bébé choisir et de se sentir rejetée comme mère nourricière... Favoriser le contact, de préférence en peau-à-peau, sans chercher absolument à le nourrir. Continuer de tirer son lait pour maintenir sa production de lait. Avec patience et calme, cet épisode difficile ne sera finalement peut-être qu’une transition vers un nouveau départ pour son allaitement.
samedi 24 octobre 2009
ALLAITER D'UN SEUL SEIN ?
Tamara de Lempicka
C'est une question que l'on peut se poser à un moment donné de son allaitement, pour diverses raisons. Qu'il s'agisse d'une douleur persistante et insupportable au mamelon ou au sein (crevasse, mastite), de différences anatomiques très importantes entre les deux seins, de l'ablation d'un sein dans un cas extrême, d'un bambin qui refuserait momentanément un sein au profit de l'autre... Dans tous ces cas on peut allaiter avec un seul sein.
Comment est-ce possible ? Lorsque le bébé tète moins (ou plus du tout) d'un côté et que le sein est de ce fait moins (ou plus du tout) stimulé, la production lactée diminue ou se tarit de ce côté seulement. Quant à l'autre sein, il s'adapte à une plus grande demande en augmentant la quantité de lait fabriqué. Les mères de jumeaux n'ont finalement qu'un sein pour chaque bébé et allaitent sans problème. Les mères de triplés quant à elles, qui ont moins d'un sein par bébé, si l'on peut dire (!) peuvent également parfaitement nourrir leur bébé. Rappelons-nous qu'autrefois les nourrices allaitaient plusieurs enfants !
Cependant, si le passage à un sein unique pour allaiter se fait trop rapidement, sans transition, il y a risque d'engorgement. Dans ce cas, il s'agit de calmer l'engorgement à l'autre sein sans stimuler pour ne pas accroître le problème (pas de massage mammaire, pas de tire-lait) avec l'application par exemple de feuilles de chou (voir l'article Feuilles de chou et "montée de lait") sauf bien entendu si la maman souhaite entretenir sa production de lait au sein non tété, comme dans le cas d'un refus momentané de la part de l'enfant.
Dans certains cas exceptionnels, des mamans qui ont allaité d'un seul sein ont rencontré des problèmes de sensibilité extrême, voire de
crevasse. Est-ce à cause de la trop grande sollicitation ? D'un positionnement incorrect du bébé ? De mamelons fragilisés par des retraits trop violents de la bouche du bébé ? On peut se poser ces questions au regard des pratiques d'allaitement dans certaines tribus africaines où les bébés tètent plus de 90 fois par jour sans nuire aux mamelons de leurs mamans. Le corps de la femme moderne serait-il plus fragile ?...
Pour d'autres mamans, le fait d'allaiter d'un seul sein peut présenter un désagrément d'ordre esthétique. L'asymétrie que cela engendre étant plus difficile à assumer dans notre société où l'on prône la perfection. En dehors de ces considérations il est vrai que sous un joli vêtement avoir un sein plus petit que l'autre peut être pénible à vivre... Sachant que cela est transitoire, des mamans trouvent, en attendant et avec humour, des solutions en rembourrant le bonnet trop grand de leur soutien-gorge avec du coton par exemple.
Avec un ou deux seins, à chacune ses choix et ses solutions !
jeudi 15 octobre 2009
EST-CE QUE MON LAIT EST BON ?

Te respirer, KO
La maman d'un bébé de 10 jours se demande si son lait est bon. Cette petite fille réclame beaucoup et pleure si on la pose dans son lit après la tétée. Elle est née 3 jours après le terme, l'accouchement par voie basse s'est bien passé et elle n'a reçu ni complément ni sucette. Selles et urines sont, depuis, bien présentes et la qualité de la tétée a été vérifiée par une sage-femme la veille de l'appel. Cependant, ce bébé n'a pas encore tout à fait repris son poids de naissance.
La maman a l'impression qu'elle ne sait pas décoder les besoins de son bébé. « Je ne sais pas répondre autrement qu’en lui donnant le sein ». Certaines tétées "se passent bien", le bébé s'endort repu, décontracté, notamment le matin et la nuit mais dans l'après-midi et la soirée les choses se gâtent pour la maman car sa petite pleure dès qu'elle la retire du sein et elle ne sait pas quoi faire pour la calmer. Hier, ne sachant plus que faire et suivant certains principes qu'elle avait entendu, elle a l'a laissée pleurer "parce que ça ne faisait pas 2 heures au moins". Aujourd'hui, elle s'est décidée à laisser son bébé téter plus souvent "toutes les une heure et demi" quand elle réclamait.
Cette maman est découragée et prête à abandonner l’allaitement pour donner des biberons de lait artificiel. C’est son premier bébé, elle ne s’attendait pas du tout à « ça » et pense du coup que cette situation n’est pas normale. Les pleurs lui renvoient une mauvaise image d’elle-même et remettent en question la qualité de son lait.
Du point de vue du comportement du bébé, tout est pourtant normal. Ce bébé n’ayant pas encore repris son poids de naissance, il réclame beaucoup une grande partie du temps pour stimuler la production de lait. C’est, on pourrait dire, comme une poussée de croissance extraordinaire qui va se prolonger tant que les besoins physiologiques du bébé ne seront pas satisfaits. Mais cela ne convient pas forcément à la maman qui espérait que son allaitement se passerait autrement…
Cette maman a tendance à minimiser ses compétences, d’autant plus qu’elle n’est pas soutenue et que face aux pleurs de son bébé elle se sent impuissante. Pourtant ses compétences de mère sont évidentes : elle sait observer son bébé, la déglutition, les urines, les selles, elle connaît l’évolution de ses demandes, les moments où les tétées sont plus paisibles, elle sait instinctivement quand elle peut changer de sein ou au contraire prolonger la tétée. Jour après jour, elle découvre son véritable travail de maman, au travers de l’observation, de l’écoute, elle apprend à connaître son bébé mais le chemin n'est pas régulier car le bébé évolue et il y a toujours des moments plus difficiles que d’autres. Toutes les jeunes mamans connaissent des périodes pénibles et de découragement. Personne ne l’ayant encore rassurée sur ce point c’est la raison pour laquelle elle ressent tant de désarrois, se pose tant de questions, perd sa confiance et se demande si elle fait « bien ».
Cette jeune mère fait du mieux qu’elle peut, et elle a énormément besoin d’être encouragée et soutenue.
mardi 6 octobre 2009
ALLAITEMENTS SOUS PRESSIONS
Ce matin, lors de la rencontre du Tétou, il a été largement question des critiques que nombre de personnes émettent à l’égard de l’allaitement. L’allaitement est jugé, on est « pour ou contre », on prend parti, on pense que… on donne son point de vue sans gêne, comme si c’était normal, on se permet de présumer que… Quelle femme qui allaite ne s’est jamais retrouvée confrontée aux réflexions désobligeantes des un(e)s ou des autres, même dès son séjour à la maternité ?… Je me le demande…
En 10 ans d’expérience dans l’association, je constate avec une grande tristesse et une colère certaine que ce sujet revient comme une des plus grandes difficultés à franchir pour les mères, que ce soit leur premier ou leur 4ème enfant… Les autres et leur vécu sont d’immenses obstacles au bon déroulement de beaucoup d’allaitements. La souffrance qu’exprime les femmes est énorme et leur prend une énergie qui pourrait être déployée vers l’enfant, de façon positive et constructive. A cause des autres, des allaitements deviennent des parcours du combattant et le doute se répand, envahissant la relation d’allaitement, faisant perdre aux femmes l’écoute profonde de leur instinct, de leur ressenti. Se justifier, se défendre, argumenter (quand on peut), alors qu’on a tant besoin de protection et de bienveillance quand on nourri son bébé : quelle inhumanité ! Les mères viennent l’exprimer parfois les larmes aux yeux, tant leur choix est incompris de leurs proches, de leurs amis, de leur entourage en général.
L’allaitement est un sujet brûlant, comme l’accouchement, l’éducation des enfants… on le sait bien, tout ce qui concerne la sphère privée du couple n’est jamais à l’abri des critiques, si l’on ne prend pas garde de se préserver… Dès qu’une jeune maman commence à exprimer ses émotions, à dire son ras-le-bol (somme toute normal, n’est-il pas de tâche plus prenante que de s’occuper d’un bébé ?) on lui assène de cesser d’allaiter sur le champ : sevrer, se séparer de son bébé, physiquement, comme si la relation d’allaitement et tout le contact qu’elle crée était indisposante au regard des autres. Certains ne mesurent pas la violence des propos qu’une mère peut recevoir au travers des « mais tu l’allaites encore ? Et il mange autre chose au moins ? Tu n’as pas assez de lait c’est pour ça qu’il (elle) pleure ! L’allaitement ça te fatigue, tu devrais arrêter, ça va il en a eu assez ! Tu vas le rendre dépendant !»
Lorsque le bébé est « encore » allaité à 3 mois, à 6 mois (la date de péremption n’étant pas la même pour tout le monde !) la mère est exposée à des réflexions récurrentes.
Lorsque le bambin déambule et vient se servir à la source, découvrant le sein de sa mère, les jugements tranchants deviennent de plus en plus pénibles à supporter forçant parfois la mère à sevrer contre son gré tant la pression est forte.
Comment, après ces phrases assassines et ces jugements, continuer de croire simplement, sainement, à ce qu’on fait, aux bienfaits de son allaitement, de sa relation parfois durement acquise si les débuts de l’allaitement ont été difficiles… Comment garder sa confiance en soi (surtout si elle était déjà fragile et attendait justement la maternité pour grandir) quand tout le monde est focalisé sur la prise de poids du bébé ?… Comment se rassurer sur sa capacité à allaiter si les autres sont hostiles en émettant des doutes sur la persévérance de la mère à allaiter malgré certaines difficultés ? Comment résister aux pressions d’une sœur ou d’une belle-mère si on est la seule dans la famille à allaiter ? Comment croire que ce que l’on fait est juste si les autres critiquent gestes, façons de faire et choix de maternage ? Comment rester soi-même face à des regards qui en disent longs ? Comment ne pas céder à des compléments de lait artificiel quand tout le monde vous rétorque que c’est la solution à vos problèmes d’allaitement ?
C’est affligeant et consternant de la part des autres en général, mais venant de certains professionnels de la santé et de la petite enfance c’est totalement inadmissible.
Caroline














