Un article de Brigitte Denis,

auteure du livre "La parole au bébé"

(édition Le Dauphin Blanc)

Plus d'infos passionnantes sur

le site internet de Brigitte Denis La parole au bébé 

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Les 3 bases...

La vie des bébés et des nouveaux parents est parsemée de petits pépins et aussi parfois... de plus gros ! Au tout début de sa nouvelle incarnation, l’Être apporte avec lui des valises qui peuvent être lourdes et qui se traduisent concrètement de toutes sortes de façons dans son quotidien. Comme, à cet âge, le nourrisson n’a pas les mots pour parler de lui et de ses besoins profonds, les symptômes qui affectent d’une façon ou d’une autre les trois bases principales de la survie du nourrisson (respirer, se nourrir, dormir) sont souvent des tentatives d'expression psycho-émotionnelle. L’allaitement a la caractéristique de toucher ces trois bases de la vie.

Écouter un bébé attentivement...

Lorsque l’on réussit à écouter vraiment très attentivement un petit bébé, on comprend que même si un «problème» d’allaitement paraît gros, ce symptôme est tout de même petit si on le compare à ce qui se cache dessous. En effet, ce que l’on voit du symptôme correspond uniquement à la pointe de l’iceberg. Préciser ces causes profondes sous-jacentes nous donne un autre aperçu du bébé : un être infiniment intelligent et sage, très conscient, qui n’est vraiment pas arrivé vierge dans sa nouvelle famille, mais riche d’un immense savoir, de défis à affronter et même de leçons à livrer.

Que des instincts...

Depuis que j’écoute les bébés, j’ai eu tant de fois la confirmation que le bébé est plus que son corps. Il est plus qu’un ensemble d’instincts et de réflexes même si ceux-ci sont très présents et qu’ils sont nécessaires à la bonne prise du sein, à la régulation du taux de sucre, à l’appétit, à la digestion, à la déglutition, etc. En donnant la parole à la Sagesse du bébé au moyen de la PAB (qui signifie tout simplement Parole Au Bébé), cette approche que j’ai mise au point en m’inspirant du test musculaire propre à la Kinésiologie Appliquée, le bébé m’a appris qu’il a des pensées et des émotions qui influencent tant positivement que négativement les diverses sphères de sa vie. Qu’il s’agisse du type de lien qui l’unit à sa mère, sa façon de se considérer lui-même,  l’intensité de son désir de rester en vie, son rapport à la nourriture, sa vision de la vie et de l’incarnation, sa façon de se sentir aimé et de s’ouvrir aux liens d’amour, et c’est de tout cela dont nous parle un «problème» lié à l’allaitement.

Quel problème...

De quel genre de "problème" suis-je en train de parler ? Eh, bien ! De tout ce qui ressemble à une difficulté lorsqu’il est question de nourrir un bébé : cela peut s’inscrire du côté de la mère ou du bébé. En effet, même si le symptôme apparaît sur le corps de la mère, j’ai appris qu’à cette étape de vie, exactement comme durant sa gestation, le nourrisson peut utiliser le corps maternel pour parler de lui-même, pour s’exprimer, pour nous expliquer ce qu’il vit personnellement.

Alors, voici tout d’abord quelques symptômes du côté de la mère  : toute douleur, saignement, crevasse ou gerçure, manque ou baisse de lait, mastite et autres infections, canal bloqué, surproduction de lait (du type vraiment très inconfortable même après quelques jours d’adaptation), tout inconfort ou malaise physique ou psychique, dégoût, etc.

Voici quelques signaux chez le nourrisson : il détourne la tête au moment d’approcher du sein (cela ressemble à un manque d’appétit, mais ça n’en est pas), ne trouve pas le sein ou s’énerve beaucoup même après plusieurs jours d’adaptation, fait de grosses crises aussitôt qu’il s’approche du sein (les parents croient alors que c’est parce qu’il a trop faim), boit trop rapidement (comme si sa vie en dépendait et même s’il a bu deux heures avant) ou s’endort au bout de quelques minutes (mais il n’est pas vraiment repu puisqu’il redemande au bout d’une heure), sa façon de tenir le sein blesse sa mère ou lui fait mal, il lâche régulièrement le sein avec un son « click » («l’effet ventouse » de sa bouche sur le sein de sa mère n’est pas efficace), il n’ouvre pas grand la bouche ou ne tient pas bien le mamelon, il est agité, respire mal, trouve difficilement son rythme respirer/téter/avaler, s’étouffe souvent même lorsque le jet n’est pas trop puissant, veut toujours rester au sein (rien ne l’apaise que l’allaitement), frein de langue trop court, muguet, gaz malodorants, "coliques" (un drôle de mot fourre-tout!), se tord pendant la tétée, donne des coups de pieds, griffe sa mère ou la pince, boit bien, mais seulement du même côté (il délaisse totalement l’autre côté ou est agité, pas efficace ou blesse sa mère si on l’installe de ce côté), etc.

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Donner littéralement la parole au bébé...

Les bébés à qui j’ai donné la parole m’ont appris que les «problèmes» d’allaitement ne sont pas vraiment des «problèmes» d’allaitement. Ce sont plutôt des symptômes ou des signaux qui révèlent tous une cause cachée lorsque l’on arrive à aller voir derrière. Les causes cachées de l’allaitement ce sont toutes ces causes que l’on découvre lorsque l’on donne la parole à la Sagesse de l’être, tout ce que l’on ne soupçonne pas chez un si jeune bébé, tout ce qui demande une écoute plus attentionnée.

Chaque problème qui gravite autour de l’allaitement cache des racines profondes. Les identifier a non seulement un effet sur l’être global du bébé, sur la personne qu’il est en son entier, sur son état, sur le symptôme, mais également souvent sur sa mère et, parfois aussi, sur son père et des frères/sœurs, des grands-parents. Se pencher le plus rapidement possible sur ce symptôme évite que ne se construise par la suite une escalade d’effets secondaires. Si on ne considère le bébé qu’au niveau physique, si on ne voit en lui qu’un corps, un ventre à remplir, on se prive d’une relation riche et surtout de la solution à bien des problèmes qui jalonneront non seulement les mois pendant lesquels il sera au sein, mais toutes les autres facettes de sa vie de bébé et, plus tard, d’enfant et même d’adulte, longtemps après que l’allaitement aura pris fin

Toutes sortes de causes...

Les problèmes d’allaitement peuvent avoir toutes sortes de causes  ; elles sont vraiment nombreuses. Que l’on soit l’un des parents ou un-e professionnel-le qui apporte un soutien à la mère, le savoir peut nous motiver à chercher plus loin, soit du côté maternel, soit du côté du bébé. Ces causes peuvent être physiques, émotionnelles, psychologiques, historiques, même spirituelles, etc. et parfois aussi toutes à la fois! Elles englobent toutes les facettes de la personne du bébé et/ou de sa mère : le corps, le cœur (émotions), l’esprit (pensées) et l’âme. Chaque cause a sa solution qui est différente d’un bébé à un autre.

Mettre en mot ce qui se cache derrière le symptôme révèle aussi ce avec quoi est arrivé l’enfant. Il a déjà un passé qui s’étend bien au-delà des neuf mois de sa gestation. On parle ici de gènes, de mémoire subtile et de transmissions transgénérationnelles, mais aussi de ce qu’il a pu interpréter au moment de sa conception, d’une vie passée, de «l’entre-deux-vies», de sa gestation, de sa naissance et des premiers temps de sa nouvelle vie jusqu’à maintenant. Même des causes physiques comme par exemple un frein trop court chez le bébé, un torticolis ou une opération chirurgicale du sein chez la mère qui restreint l’arrivée du lait jusqu'au mamelon, peuvent trouver un dénouement positif, constructif et instructif lorsque l’on comprend enfin les racines du problème et sa signification dans la vie de cet enfant et de celle de ses parents. La conscience claire et précise de ce qui est en jeu (et, par la suite, le fait de passer à l’action) permet que, parfois, l’allaitement puisse reprendre sans embûche ou se poursuivre plus facilement.

Qu’un ventre à remplir ?

Lorsqu’un problème survient autour de l’allaitement, souvent on ne cherche qu’à obliger le bébé à téter ou à lui enseigner à mieux le faire, mais en faisant cela nous oublions à quel point il est très sage, non seulement dans son corps qui sait exactement comment bien prendre le sein et se nourrir lui-même efficacement, mais également dans tout ce qu’il essaie de mettre en mots par son comportement. La majorité des adultes qui prennent soin d’un nourrisson réagissent concrètement comme si le bébé n'était qu'un ventre à remplir et que les seuls besoins qu’il pouvait avoir n’étaient que physiques, liés d’une façon ou d’une autre au lait qu’il veut -ou ne veut pas- ou au lait qu’il digère mal (coliques et cie). Mais le bébé est immense ! Il est une personne, un être, il est bien plus que son ventre.

Les émotions sont bien souvent impliquées dans un «problème» d’allaitement même si celui-ci adopte une apparence physique. C’est ce que j’appelle «la face cachée du bébé». Pour le bébé, parler de cette émotion avec son parent -qui est en plus un être cher, un accompagnant privilégié, un mentor et un pourvoyeur de tous les soins de base essentiels- est plus qu’un petit bonheur. Pour cet être qui se tient sur le seuil de sa nouvelle vie, partager avec ses parents fait toute une différence puisque "partager" signifie aussi "alléger". Aider concrètement un tout-petit à porter ses valises ou à vider un peu son sac à dos est vraiment une preuve d’amour.

L’histoire de Philippe qui parlait en mangeant...

Pour terminer, voici l’histoire d’un nouveau-né qui tentait de s’exprimer. C’est une histoire dont le problème n’est vraiment pas grave lorsqu’on le regarde de loin, avec le recul, mais il témoigne du stress des nouveaux parents et de la méconnaissance de la profondeur de la vie psychique du nouveau-né. Dans de prochains articles, je vous présenterai des problèmes d’allaitement plus complexes...

Philippe est né il y a trois jours. Il vient d'arriver chez lui, dans sa nouvelle maison avec ses parents depuis à peine quelques heures. Il est maintenant au sein depuis deux minutes et sa mère allongée sur son lit le contemple amoureusement en l’allaitant. Elle est encore ébahie de le découvrir. Il semble si fragile ! Il éveille en elle des sentiments indéfinissables de protection et de tendresse si intenses que son premier lait jaillit en flots puissants. Elle s'étonne de trouver son bébé si petit et si gros en même temps, et elle pense en elle-même : « C'est incroyable! Comment arrivait-il à tenir dans mon ventre? » Philippe sait déjà comment téter;  personne n'a eu à lui montrer comment faire. Il a faim et le lait sucré entre à pleines gorgées dans sa bouche. Au bout de quelques minutes, voilà que Philippe ralentit sa succion et s'arrête. Il a cessé de téter activement et ses yeux cherchent ceux de sa mère. Il lève la tête et regarde son visage intensément.

- Allez, mon bébé, bois. Ne t'arrête pas. Je suis sûre que tu n'as pas fini, lui dit sa mère.

Mais Philippe continue de fixer sa mère dont le visage est tout près du sien, à une vingtaine de centimètres. Pour lui, la regarder est un moment unique. Il a juste assez apaisé sa faim pour passer à l'essentiel : faire connaissance avec elle. Il l'a si bien connue de l'intérieur, pendant les neuf mois de sa gestation, maintenant il a besoin de refaire connaissance avec elle... de l’autre côté de la paroi utérine.

- Allez Philippe, continue. Tu n’as pas assez bu. Encore, bébé!

Un vrai dialogue...

Philippe a maintenant complètement lâché le mamelon. Une goutte de lait perle au coin de sa lèvre qu’il oublie même d’avaler tant il met d’efforts à partir à la découverte de ce visage dont émergent des sons et des odeurs qu’il connaît et redécouvre tout à la fois. Il les a côtoyés pendant des mois et il se délecte de les retrouver. Il met toute sa concentration à essayer de recréer le lien.

- Petit paresseux d‘amour, va ! Ne t’arrête pas. Ça allait si bien l’allaitement. Qu’est-ce qui ne va pas ?, s’inquiète sa mère.

Mais tout va très très bien pour Philippe. Il fait ce que tous les bébés aiment tant:  dialoguer cœur à cœur avec ceux qui leur sont proches. Encore plus que se remplir le ventre de lait, se remplir le cœur de lien, de sens et d’amour passe avant tous les autres besoins, tout de suite après les besoins de base, ceux qui sont physiques, ceux que les adultes connaissent et reconnaissent si bien.

Après la naissance, les bébés ne prennent pas plaisir à admirer le décor de leur chambre et ils ne s’extasient pas non plus devant les beaux motifs de leur pyjama ou les gadgets dernier-cri qui sont supposés aider ses parents, non, ils cherchent les yeux de leur mère et se repaissent de leur parfum (pas celui acheté à prix fort au magasin, mais bien celui de sa peau). Philippe est en plein dialogue et sa mère ne s’en rend pas compte. Elle ne s’imagine pas qu’un bébé si jeune puisse déjà être capable de s’exprimer, de ressentir, d’être habité d’émotions et de pensées. Elle est à mille lieues de penser que son jeune fils puisse être capable d’initier un dialogue et souhaiter poursuivre une vraie "conversation". Elle ne s’imagine pas à quel point c’est vivant dans son nouveau-né.

Ce bébé qui ne dit mot, parle pourtant si fort en ce moment… mais malheureusement à l’insu de tous. Si cela se renouvelle trop souvent, il va commencer à se sentir bien seul.

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Une véritable conversation...

Le rythme d’une tétée est exactement le même que celui d’une conversation entre adultes : je te parle puis je t’écoute. Quelques minutes de succion puis quelques minutes d’arrêt qui sont une écoute, un temps de parole donné à l’autre, une invitation à la rencontre, un échange les yeux dans les yeux. Non, vraiment, je vous le dis, Philippe n’est pas en train de paresser. Il travaille très fort : il écoute attentivement sa mère de chaque fibre de son être, de tous ses cinq sens -plus le sixième. Il la ressent. Il part à sa découverte. Et il l’écoute.

- Maman, réponds-moi, je t’écoute. C’est à ton tour de me parler. Je suis là pour toi, dit Philippe.

- Marco vient ! Philippe ne veut plus boire, qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que je dois faire?  Il n’a pas tété assez longtemps. On le recouche, tu crois ?, crie-t-elle à son conjoint occupé à leur préparer un repas dans l’autre pièce.

Alors que Philippe est tourné de tout son cœur et de tous ses sens vers sa mère et que, de toute son âme, il cherche à retisser les anciens liens d'amour, des adultes, ses parents, simplement mal informés, ne voient que des besoins alimentaires et digestifs...

Un dialogue s’inscrit toujours en deux temps. Il faut prendre le temps de l’écoute qui est tout aussi important que le temps du dire. Dès les premiers jours, la bouche du nouveau-né tète et connaît déjà les mouvements du dialogue : parler puis se taire pour écouter avec son âme. Tant de messages en tant de façons différentes ! Écoutons le bébé. Il a tant à nous dire. Par des pleurs, des comportements, des maux, des maladresses, des symptômes, des sourires, des mimiques, des gestes, des maladies…

(sur les 3 photos, Tristan né à 34 semaines le 25/07/1997)