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Composition IX, Kandinsky, 1936

traduction libre de l'article paru dans The New York Times

Une grande partie du lait humain ne peut pas être digéré par les bébés et semble  avoir un but assez différent de l’alimentation infantile : celui d'influencer la composition des bactéries dans l'intestin du bébé.

Les détails de cette relation à trois entre la mère, l'enfant et les microbes de l'intestin sont établis par trois chercheurs de l’Université de Californie – Bruce German, Carlito Lebrilla et David Mills. Avec leurs collègues, ils ont constaté qu'une certaine souche de bactérie, une sous-espèce de Bifidobacterium longum, possède une suite spéciale des gènes qui lui permettent de prospérer sur le composant non digestible du lait.

Cette sous-espèce est généralement trouvée dans les selles des bébés nourris au sein. Elle recouvre la paroi de l'intestin du bébé, le protégeant contre les bactéries nocives.

Les nourrissons acquièrent vraisemblablement la souche spéciale du bifido de leurs mères, mais étrangement, elle n'a pas été encore détectée chez les adultes. « Nous nous demandons tous où elle se cache,»  a dit le Dr Mills.

La substance non digestible qui favorise la bactérie de bifido est un groupe de sucres complexes dérivés du lactose, le composant principal du lait. Les sucres complexes se composent d'une molécule de lactose sur laquelle des chaînes d’autres unités de sucres ont été ajoutées. Le génome humain ne contient pas les gènes nécessaires pour décomposer les sucres complexes, mais la sous-espèce de bifido peut le faire, disent les chercheurs dans une mise à jour des Actes de l’Academie Nationale des Sciences.

On a longtemps pensé que les sucres complexes n'avaient aucun intérêt biologique, quoiqu'ils constituent jusqu'à 21 pour cent du lait. En plus de favoriser la croissance de la souche de bifido, ils servent également de leurres aux bactéries nocives qui pourraient attaquer les intestins du bébé. Les sucres sont très semblables à ceux trouvés sur la surface des cellules humaines, et sont fabriqués dans le sein maternel par les mêmes enzymes. Beaucoup de bactéries et de virus se lient aux cellules humaines via des sucres présents à la surface. Mais à la place ils se lieront aux sucres complexes du lait. « Nous pensons que les mères ont évolué pour laisser cette substance au bébé» a dit le Dr. Mills.

Dr. German voit le lait comme « un étonnant produit de l’évolution », qui a été vigoureusement façonné par la sélection naturelle parce qu’il est vital pour la survie de la mère et l'enfant. « Tout ce qui est dans le lait vient de la mère - elle dissout littéralement ses propres tissus pour le fabriquer, » a-t-il dit. Du point de vue du bébé, il est né dans un monde rempli de microbes hostiles, avec un système immunitaire non formé et sans l’acide caustique de l’estomac qui à l’âge adulte tue la plupart des bactéries. Tout élément du lait qui protège l'enfant sera fortement favorisé la sélection naturelle.

« Nous avons été étonnés que le lait contienne tant  de matière que le bébé ne peut pas digérer,» a dit le Dr. German. La «constatation qu'il stimule sélectivement la croissance  des bactéries spécifiques, qui sont à leur tour protectrices du bébé, nous laissent voir le génie de la stratégie - les mères recrutent une autre forme de vie pour prendre soin de leur bébé. »

Dr. German et ses collègues essayent de « déconstruire » le lait, sur la théorie que le liquide a été formé par 200 millions d'années d'évolution mammifère et détient une mine d'information sur la meilleure façon de nourrir et d’alimenter le corps humain. Bien que le lait lui-même soit conçu pour des bébés, ses leçons peuvent s'appliquer aux adultes.

Les sucres complexes, par exemple, sont évidemment une manière d'influencer la flore microbienne de l'intestin, ainsi ils pourraient en principe être employés pour aider les bébés prématurés, ou ceux nés par césarienne, qui n'acquièrent pas immédiatement la souche de bifido. On a longtemps pensé qu'il n' y avait pas d'autre source de sucres que le lait humain, mais ils ont été récemment détectés dans le lacterose, un sous-produit du rebut de la fabrication du fromage. Les trois chercheurs envisagent de tester les sucres complexes pour en évaluer le bénéfice chez les prématurés et les personnes âgées.

Les protéines du lait ont également des rôles spéciaux. L’une d’entre elles, appelée Alpha-lactalbumine, peut attaquer les cellules cancéreuses et celles infectées par des virus en restaurant leur capacités perdue. Le développement de la protéine qui se produit lorsque le bébé est sevré donne également au sein le signal de retrouver son état initial.

De tels résultat ont rendu les trois chercheurs conscients que chaque composant du lait a probablement un rôle spécial. « Tout est là dans un but précis, bien que nous ne sachions pas encore tout de ce but »  a dit le Dr. Mills. « Aussi, pour l’amour de Dieu, s’il vous plaît allaitez ».