MotherAndBabyKathyPoitras

Mother and baby, Kathy Poitras, 2007

La maman d'un bébé de 20 jours nous appelle pour un problème de baisse de lait. Jusqu'à présent l'allaitement s’était parfaitement déroulé, pas de problème particulier, pas de douleur aux seins, tout allait bien, ce qui réjouissait la maman. Le bébé avait repris son poids de naissance à 1 semaine et grossissait "bien". Puis, aux environs des 15 jours du bébé la maman a constaté qu’elle produisait moins de lait, son bébé semblait insatisfait malgré des tétées fréquentes. A partir de de là, le poids a stagné. Depuis 4 jours, sur recommandation de sa sage-femme, cette maman est censée donner 90 ml de lait artificiel à son bébé puis le faire téter 10 minutes à chaque sein. De son propre gré, et craignant d’avoir de moins en moins de lait, elle fait d’abord téter son bébé et ne lui donne ensuite que 50 ml de lait en poudre…

On pourrait simplement penser que cette baisse de lait correspond en fait à une poussée de croissance du bébé. La première a théoriquement lieu aux alentours de 3 semaines, cependant, en pratique, une poussée de croissance peut avoir lieu à tout moment, seuls les besoins de chaque bébé la signalent. Face au comportement maussade de son bébé, la maman a allaité très fréquemment, connaissant parfaitement bien le mécanisme de l’allaitement, sans limite de temps, mais n’a pas pu satisfaire son bébé qui ne prenait plus de poids. En questionnant davantage cette maman, nous apprenons qu’elle a commencé à prendre une contraception orale (une pilule microdosée contenant de la progestérone) quand le bébé avait 10 jours, quelques jours à peine avant le début de la baisse de lait… Elle dit avoir essayé beaucoup de pilules par le passé et n’en avoir jamais supporté aucune, comme si son «corps n’était pas fait pour». Elle avait fait d’elle-même le rapprochement entre la baisse de lait et la prise de cette pilule mais ne savait pas trop que penser, ni que faire…

Les pilules contenant uniquement un progestatif (Cérazette®, Microval®) sont couramment prescrites durant le premier mois après l’accouchement lorsque la mère allaite car elles ont la réputation d'être parfaitement compatibles avec l'allaitement. Or, il semble que chez certaines femmes cette pilule a un impact réel sur la quantité de lait produite, que la prise de la pilule débute précocement ou plus tardivement.

Ce constat ne sous-entend pas que ces pilules ne sont pas un bon moyen de contraception quand on allaite puisque certains allaitements n’en pâtiront pas. Plus précisément, ce constat montre qu’il est indispensable d’une part que toutes les mères qui allaitent et qui choisissent ce mode de contraception soient informées du risque de baisse de lait, et d’autre part que le professionnel qui prescrit cette pilule puisse évaluer la situation dans les premiers jours du traitement  et, le cas échéant, accompagner et conseiller la mère qui verrait sa production de lait se réduire, sans la diriger vers des compléments de lait artificiel qui risqueraient de mettre en péril son allaitement.

La conclusion de cet entretien téléphonique a amené la maman à repenser son moyen de contraception étant donné qu’elle ne souhaite pas du tout continuer à donner des compléments...