isa

Margot avait aux alentours de 14 mois. Elle se réveillait régulièrement la nuit. Fatiquée, je suis allée consulter une pédiatre revendiquant une spécialisation de pédopsychiatrie. En quelques minutes le verdict a surgi, brutal : "C'est pour ça" a-t-elle annonçé. Ma fille s'endormait au sein. Selon elle, c'était la cause de tous nos soucis. Son diagnostic était fait. Je n'avais qu'à me soumettre. Mon histoire, celle de ma fille, celle de mon compagnon, elle n'en avait rien à faire. Ce qui était en cause, c'était l'allaitement ! Son raisonnement était imparable : ma fille s'endormait au sein, puis je la remettais dans son lit. Quand elle se réveillait, le sein n'était plus là, elle ne comprenait pas et pleurait.

Sa solution coulait de source (sans réflexion aucune, le lecteur l'aura compris), il fallait supprimer la tétée du soir. Margot devait s'endormir "toute seule". Elle allait pleurer, certes, il fallait la laisser. La pédiatre me rassura, en trois, quatre jours maxi, elle ne pleurerait plus...

Pardon Margot, je te demande pardon. Combien je regrette aujourd'hui d'avoir écouté cette femme. Je t'ai donc laissée pleurer. Tu as pleuré quarante interminables minutes toute seule dans ta chambre, puis tu as fini par t'endormir dans les bras de ton père. Cette nuit-là, tu t'es réveillée toutes les deux heures. Hélas, culpabilisée par cette pédiatre, j'ai récidivé le lendemain, et le surlendemain. Quatre jours plus tard, tu pleurais toujours autant pour réclamer ta tétée du soir et, bien entendu, tu te réveillais bien davantage la nuit. Alors, j'ai envoyé paître les avis des experts et je t'ai écoutée. Je t'ai donné ce que tu réclamais et ce dont tu avais besoin, du contact, du lait, de la proximité... une tétée. Nous avons réinstallé ton lit dans le prolongement du nôtre. Tu t'es endormie au sein avec délice. Rassurée, tu as mieux dormi.

En réalité, je l'ai compris plus tard à la lumière de mes nombreuses lectures et grâce à l'aide d'une psychanalyste intelligente, tu n'avais aucun problème de sommeil. Tu bougeais entre deux séquences de sommeil profond, sans te réveiller tout à fait, tu cherchais à retrouver tes limites de sécurité, tes repères, mon odeur, le sein. Ce n'est que si tu ne me sentais pas auprès de toi, que tu te réveillais vraiment et pleurais. Le raisonnement de la pédiatre n'était pas faux, tu cherchais le sein. C'est la solution qui était erronée. Il me fallait simplement te garder auprès de moi la nuit dans un lit adjacent au mien !

Extrait de Au coeur des émotions de l'enfant, édition Marabout.

Isabelle FILLIOZAT est psychothérapeute et mère de deux enfants. Elle accompagne adultes et enfants dans leur cheminement vers plus de liberté et de bonheur depuis près de vingt ans.